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La mise en place de Centres culturels dans les pays d’accueil de la communauté marocaine à l’étranger n’a pas eu l’effet escompté. Non respect des échéanciers, dépassement des budgets, gestion calamiteuse des contrats... la Cour des comptes a passé au peigne fin cette stratégie lancée en 2008 pour accompagner les MRE.

Considérée comme l’un des piliers de la politique gouvernementale envers les Marocains résidents à l’étranger (MRE), la mise en place de centres culturels marocain (CCM) dans les pays d’accueil, lancée par l’Exécutif en 2008, a été passée au peigne fin par la Cour des comptes, au titre des exercices 2016 et 2017. Le plan d’action pour la réalisation de ce programme comprenait la mise en place d’une dizaine de centres à l’horizon de 2022, à raison d’un CCM par an dans les principaux pays d’accueil des MRE, notamment, en France (Paris, Saint-Michel), Angleterre, États-Unis, Allemagne, Italie, Espagne, Canada et Sénégal. Mais les choses n’ont pas tourné comme prévu. En effet, les projets initiés en France (Mantes-la-Jolie) et en Espagne (Barcelone) ont tout simplement été avortés, tandis que d’autres ont été élaborés dans des conditions réglementaires et logistiques chaotiques.

Montages financiers approximatif
Le montant prévisionnel relatif au financement du programme des CCM «Dar Al Maghrib» s’élevait à 1,18 milliards de DH dont 627,5 millions en tant que budget d’investissement et 561 en tant que budget de fonctionnement, le tout s’étalant sur 5 ans. Et si le postulat de base comprenait l’intervention, en plus du ministère chargé des MRE, de celui des affaires étrangères, des associations, des banques, ainsi que d’autres départements ministériels. Seulement, l’absence de contractualisation avec les partenaires impliqués dans son financement a engendré la prise en charge totale par le budget du ministère des MRE du coût de réalisation de toutes les opérations de ce programme. A ce titre, le déficit de financement enregistré durant la période 2009-2013 a atteint 864,76 MDH, soit 73% du coût global estimé. En fait, le montant total des crédits alloués au programme n’a pas dépassé 323,74 MDH. De plus, l’établissement de ce montage financier n’était pas adossé à des études préalables et des partenariats concrets, ce qui explique les contraintes rencontrées pour sa mise en œuvre.

Laxisme des consuls
Durant l’exécution de ce plan, les magistrats financiers accusent les consuls de ne pas assister le ministère. Les consuls du Royaume du Maroc à l’étranger ont été institués sous ordonnateurs auprès du ministre chargé des MRE et des affaires de la migration. Ils exécutent, entre autres, pour son compte les opérations budgétaires afférentes au programme des CCM «Dar Al Maghrib». Néanmoins, selon le rapport de la Cour des comptes, il y a lieu de constater que le ministère rencontre des difficultés liées à la consolidation des données budgétaires relatives à l’exécution financière des crédits délégués aux différents sous-ordonnateurs, à cause des problèmes de coordination et de communication des pièces justificatives et des situations budgétaires par ces derniers. De même, et à l’exception du CCM d’Amsterdam, le Ministère ne dispose pas de dossiers complets rassemblant les copies de pièces justificatives d’exécution des opérations budgétaires afférentes aux différents CCM.

Paiement d’honoraires… pour rien !
C’est sans doute la partie la plus ubuesque de l’analyse de la Cour des comptes des Centres culturels marocains. En effet, le ministère aurait passé un contrat d’architecte, d’un montant de 8,1 millions de DH, avec un cabinet marocain, en vue de réaliser les études architecturales et le suivi des travaux de quatre CCM (Montréal, Barcelone, Mantes-la-Jolie et Tripoli). Après le paiement des notes d’honoraires au Cabinet, totalisant un montant de 719.520 DH, se rapportant à l’élaboration de l’avant-projet sommaire des trois CCM de Montréal, Barcelone et Tripoli, et à la phase d’adjudication du CCM de Tripoli, le ministère a tout bonnement procédé à l’annulation de ce contrat, sous le motif de la non-habilitation du bureau marocain d’architecte à exercer ses fonctions à l’étranger et à répondre aux missions définies dans le contrat signé, ainsi que l’existence d’incompatibilité en matière d’intervention des architectes étrangers et leurs semblables marocains. Il a procédé, par la suite, à la conclusion d’autres contrats d’architectes avec trois cabinets d’architectes étrangers pour un montant total de plus de 14 MDH.

8 ans au lieu de 15 mois de travaux à Montréal…
Les travaux et prestations de création et de fonctionnement de «Dar Al Maghrib» à Montréal se sont étalés sur une période de presque huit ans (2009-2016) au lieu des 15 mois prévus lors du lancement du projet. Durant cette période, le montant global des crédits délégués au Consul Général du Royaume du Maroc à Montréal ont atteint 136,32 millions de DH au lieu des 104 prévisionnels, dont 119,20 affectés à la couverture des dépenses d’investissement et 17,12 millions aux dépenses de surveillance et de fonctionnement du Centre.

Les Marocains d’Amsterdam attendent depuis 2015…
Tout comme celui de Montréal, le CCM d’Amsterdam a connu un retard significatif (7 ans au lieu de 20 mois), avec un dépassement logique des coûts, qui ont atteint 90,55 millions de DH dont 84,94 affectés à la couverture des dépenses d’investissement et 5,6 MDH affectés à la couverture des dépenses de surveillance et de fonctionnement du Centre. Le tout sur un ancien bâtiment de 3.000 m² acquis en 2011 avec un montant de 24,20 MDH. Et bien que les travaux d’aménagement et d’équipement de Amsterdam aient été achevés depuis février 2015, le centre n’a pas encore ouvert ses portes au profit des MRE. Cette situation génère pour le ministère des coûts latents relatifs à la vétusté et au délabrement des équipements mis en place, ainsi que des coûts supplémentaires relatifs à la surveillance du bâtiment contre les problèmes de vols et de squattage. En effet, les frais de surveillance des locaux du centre ont dépassé les 3 MDH durant la période 2011-2017.

Deux projets avortés à la dernière minute
Dans le cadre d’un partenariat passé en 2009, la mairie de Mantes-la-Jolie s’est engagée à céder gratuitement la propriété d’un terrain de 755 m² pour la construction d’un CCM. Selon la Cour des comptes, l’aboutissement de cet accord a été conditionné par l’obligation de préparer les plans et les études techniques du projet et l’obtention des autorisations de construire avant la fin du mois de Mars 2011. Pour réaliser ce projet, le ministère chargé des MRE a signé un contrat d’architecte avec un cabinet étranger en date du 16 Juillet 2010. Il a procédé aussi, durant la période 2009-2010, à la délégation de crédits nécessaires d’un montant global de 70,12 millions de DH. A ce titre, «force est de constaté que le contrat de cession du terrain objet de l’accord n’a pas été achevé par la Mairie de Mante la Jolie. Puisque, en date du 15 Octobre 2012, cette dernière a adressé au Ministère une lettre lui assignant de chercher un nouveau terrain. Cette situation découle, entre autres, du non-respect par le ministère de son engagement à remettre à la mairie les plans et les études du projet avant le mois de Mars 2011». Même chose à Barcelone, où la mairie a dédié un bâtiment implanté sur un terrain de 1.500 m² dans l’ancien institut botanique à Montjuic, en vue d’abriter le centre culturel. Dans ce cadre, une déclaration d’intention a été signée le 29 Mai 2009 par le ministère et la mairie. Ainsi, le CCM devait ouvrir ses portes à l’échéance 2011 après la réalisation des travaux d’aménagement et de restauration. À cet effet, un contrat d’architecte a été signé avec un cabinet étranger en novembre 2009, en vue de réaliser les études architecturales complémentaires et d’assister le Ministère dans l’assainissement de la situation foncière du bâtiment, ainsi que de procéder à la gestion du chantier. De même, une enveloppe de 31,5 MDH a été déléguée pour la réalisation du centre. «Toutefois, après tous ces travaux préparatifs, le projet a été abandonné à cause du non-aboutissement des démarches administratives destinées à acquérir un droit réel sur le foncier devant abriter le CCM».