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Deuxième pôle économique du royaume, la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma connaît une accélération grâce aux projets structurants lancés par le souverain dans différents domaines.

Une situation géographique exceptionnelle avec deux façades maritimes, une infrastructure portuaire aux standards internationaux, des zones industrielles qui montent en puissance grâce notamment à l’écosystème créé autour de Renault et Tanger Med…Tanger-Tétouan-Al Hoceïma est incontestablement l’une des régions qui sont appelées à tirer le PIB du royaume durant les prochaines années. Le nouveau découpage territorial mis en œuvre dans le cadre de la régionalisation avancée a rectifié le tir en tenant compte des logiques de rationalité et de complémentarité prônées par la Commission consultative sur la régionalisation (CCR). Les trois grandes entités composant la nouvelle région - Tanger-Tétouan-Al Hoceïma - ont en effet plusieurs points en commun (histoire, culture, langue…) mais aussi divers défis, dont celui du développement.

Leviers de développement
Sur impulsion royale, toutes les composantes du pôle Tanger-Tétouan-Al Hoceïma dispose d’un plan de développement qui s’inscrit dans une vision d’ensemble avec des objectifs bien définis. Ainsi, la ville du détroit dispose d’un programme de développement ambitieux lancé par le roi en septembre 2013: Tanger-Métropole. Doté d’une enveloppe de 7,6MMDH et s’étalant sur la période de 2013-2017, le programme est conçu pour être un modèle urbain inédit au Maroc et sur la rive sud de la Méditerranée. D’après ses concepteurs, il permettra à Tanger de se hisser au niveau des grandes métropoles internationales. Concrètement, Tanger métropole se décline en plusieurs projets : création d’un troisième axe autoroutier, d’une route côtière et dédoublement des routes provinciales ainsi que la création de grandes voies de contournement comme celle reliant l’Atlantique à la Méditerranée : la «Rocade des deux mers». La généralisation des voies dans les quartiers, la création de passages dénivelés et de parkings souterrains à l’intérieur de la ville ainsi que d’une voie côtière atlantique : la «Rocade océanique» sont aussi au programme…

Par ailleurs, en avril 2014, le souverain a donné le coup d’envoi à un programme intégré de développement économique et urbain de Tétouan. À l’horizon 2018, le nouveau programme, doté d’une enveloppe budgétaire de près de 5,5MMDH tend à redynamiser la base socio-économique de la ville et sa région, à consolider son positionnement, à améliorer le cadre de vie de ses habitants et à préserver son environnement. L’objectif est de faire de Tétouan une ville attractive et résidentielle de services, de personnes et de capitaux. Ainsi sur le plan urbain, «Tétouan 2018» prévoit notamment le renforcement des routes et voies internes, le dédoublement de la RN2 reliant Tétouan à Chefchaouen, la modernisation du réseau d’éclairage public...

Au niveau économique, le programme porte sur le parachèvement de l’aménagement de la zone industrielle, la création d’un complexe d’artisanat, la mise à niveau des marchés de proximité, la construction d’un marché de gros de poissons et la construction d’équipements communaux (abattoir, marché de gros de fruits et de légumes, marché de bétail). Enfin, le dernier programme en date lancé dans la région a profité à la ville d’Al-Hoceïma. Baptisée «Al-Hoceïma, Manarat Al Moutawassit» (Al Hoceïma, ville phare de la Méditerranée), ce plan lancé en octobre 2015 est doté d’un budget de 6,5MMDH et s’articule autour de cinq principaux axes : la mise à niveau territoriale, la promotion de l’environnement social, la protection de l’environnement et la gestion des risques, le renforcement des infrastructures et le développement de l’espace culturel ont été basés sur une approche novatrice en termes de transversalité, d’intégration et de cohérence des interventions publiques.

Les points à améliorer
En dépit des efforts de l’État pour faire décoller la région, il n’en demeure pas moins qu’il reste beaucoup à faire. Le premier défi qui attend les responsables locaux et régionaux est de mettre toutes les composantes de la région sur la même longueur d’onde. De Tanger à Al Hoceïma, la région compte pas moins de huit préfectures et provinces : Tanger-Asilah, Fahs-Anjra, Tétouan, Mdiq-Fnideq, Chaouen, Ouezzane, Larache et Al Hoceïma. Si l'axe de Tanger, et de plus en plus celui de Tétouan à l'ouest, «tournent plutôt bien», dopés par l’écosystème industriel créée autour de Renault et de Tanger Med, les autres provinces ne connaissent pas la même dynamique.

Il s’agit donc de mettre ces provinces sur la voie du développement et cela passe nécessairement par l’implication du secteur privé, mais pour y arriver, il faudra d’abord impliquer davantage les opérateurs de ce secteur dans la dynamique régionale. Hélas, le constat dressé par la Commission consultative de la régionalisation est que le secteur privé reste à la traine. «Malgré les efforts de l’État, particulièrement ceux visant la restructuration et l’intégration sectorielle, la contribution du secteur privé au développement économique régional est peu satisfaisante», pointe la commission. L’encouragement des investissements privés sera l’un des défis majeurs pour les responsables de la région. Et pour y arriver, il faudra pallier à plusieurs difficultés qui entravent l’investissement et améliorer le climat des affaires.

À titre d’exemple, dans le cadre de l’enquête Investment Climate Assessments (ICA)-2007, près de 63% des entreprises industrielles installées dans la région de Tanger-Tétouan déclarent que l’accès au foncier est une contrainte sévère et défavorable à leurs activités, suivie par la région de Fès-Boulemane avec plus de 48% des entreprises, puis le Grand Casablanca avec plus de 34%. Il ressort clairement que ce sont les régions identifiées comme étant celles qui contribuent le plus à la production nationale (à hauteur de 60% du PIB national) qui sont le plus confrontées au problème du foncier. Autre doléance des investisseurs, le manque de main-œuvre qualifiée.

De l’aveu de la Commission pilotée par Omar Azziman , «La réussite du système de formation professionnelle réside dans sa capacité à accompagner les entreprises en matière de compétences, à intégrer les demandeurs d’emploi et à assurer leur promotion sociale par la mise à niveau de leurs qualifications». Enfin, le système judiciaire est aussi pointé du doigt car ses contraintes renvoient aux procédures d’exécution au niveau des tribunaux, à la complexité de la résolution des litiges et à l’efficacité de la lutte contre la corruption. 

Ilyas Omari : Président du Conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima

Concocter un plan de développement, attirer plus d’investissements, résorber le chômage, réduire les disparités entre les différentes préfectures et provinces… La liste des défis qui attendent le Conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima est très longue. Les explications de son président, Ilyas El Omari.

Près de quatre mois après votre élection à la tête de la région, quels sont les chantiers que vous avez ouverts ?
Aussitôt installé, le Conseil régional a commencé à exercer ses prérogatives conformément à la Constitution et aux dispositions de la loi organique relative aux régions. Plusieurs chantiers ont ainsi été lancés: mise en place des commissions régionales, élaboration d’un plan de développement… Nous avons aussi lancé des études concernant plusieurs thématiques centrales pour le développement de la région: le plan territorial de la région, la société civile et les modalités de sa participation dans le développement de la région, la question délicate du cannabis à laquelle nous tenons à trouver une solution, l’immigration et ses conséquences sur la région...

À quoi serviront toutes ces études ?
L’objectif de ces études est d’avoir une bonne connaissance des problèmes et spécificités de ces question afin d’intervenir d’une manière efficace. La population de la région nourrit de grands espoirs quant au nouveau rôle de la région et de son conseil pour enclencher une véritable dynamique de développement qui profite à tous les habitants. Il faut donc agir en connaissance de cause.

Les prérogatives de la région ont certes été élargies, mais son champ d’intervention n’est pas bien déterminé, d’autant plus que d’autres acteurs (gouvernement, wilaya, conseils municipaux..) ont leur mot à dire...
Les lois en vigueur ont bien déterminé le champ d’intervention de la région. Cela dit, il faut savoir qu’il y a des compétences propres à la région, des compétences partagées avec l’État et d’autres transférées par celui-ci vers la région. Ces deux dernières concernent plusieurs domaines (développement économique et social, dynamisation du tourisme…). Et c'est à ce niveau qu’il y a un peu de confusion car le gouvernement n’a pas encore sorti les textes d’application aux lois qui régissent cette question. L’Exécutif est appelé à faire un effort dans ce sens, d’autant plus qu’il s’achemine vers la fin de son mandat.

Sur le registre du développement, l’un des grands défis qui vous attendent est de mettre toute la région sur la même longueur d’onde. Si la ville de Tanger est bien partie à ce niveau, les autres composantes de la région sont à la traîne. Comment comptez-vous relever ce challenge ?
C’est effectivement le grand défi qui nous attend. Mais il faut préciser que si Tanger est entrée dans une dynamique de développement, ce n’est pas le cas des périphéries de la ville. Tétouan et Al Hoceima, même si elles ont bénéficié de programmes de développement importants, sont plus ou mois dans la même configuration. Mais dans tous les cas, la priorité sera donnée aux provinces et préfectures qui n’ont pas encore bénéficié d’un plan de développement dédié. Ouezzane, Larache, Fahs-Anjra…Il s’agit d’enclencher une nouvelle dynamique dans ces parties de la région pour qu’elles puissent prendre à leur tour le train du développement. La priorité sera évidemment donnée aux projets sociaux, l’éducation et la santé en tête. Un intérêt particulier sera également accordé à un phénomène qui ronge la région, en l’occurrence le chômage. Certaines préfectures et provinces souffrent de taux de chômage très élevés en comparaison avec le reste du pays. Il faut donc attirer plus d’investissements dans la région afin de créer plus d’emplois.

Mais pour y arriver, il faut améliorer le climat des affaires dans la région. Les investisseurs pointent du doigt plusieurs obstacles qui entravent l’acte d’investir (tracasseries administratives, logistique défaillante, manque de main-d’œuvre qualifiée…). Que comptez-vous faire dans ce sens ?
Il faut savoir que la région participe à hauteur de 12,5% dans le PIB du royaume, ce qui est une contribution très importante dans la richesse créée par le pays. Le problème est que toute cette dynamique est concentrée dans Tanger et environs. Les retombées sur les autres provinces et préfectures sont très minimes. Si on se plaint du manque de main-d’œuvre qualifiée, c’est parce que la majorité des centres de formation professionnelle, dans les métiers de l’automobile comme de l’hôtellerie et restauration, sont concentrés dans les environs de la ville de Tanger, alors qu’il y a un déficit cruel dans les autres provinces et préfectures. Il faut qu’il y ait une justice dans la répartition des investissements. Et toutes les actions que nous avons mises en œuvre jusque-là vont dans ce sens. 

La région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma exerce une forte attractivité pour les investissements directs étrangers et nationaux. Les raisons d’un engouement.

Tanger-Tétouan-Al Hoceïma est un poids lourd de l’économie marocaine et une destination privilégiée des investissements directs étrangers (IDE). Dernière illustration : la région s’offre 46% des projets d’investissement conventionnés début février par le ministère de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique. Cette région devance la région de Rabat-Salé-Kénitra (45%) et de Casablanca-Settat (9%).

1. Une région dynamique
La région est un espace économique dynamique. Sur la période 2000-2009, Tanger Tétouan a connu une forte croissance de PIB avec 7,2%. Cette croissance annuelle moyenne était plus importante que la moyenne nationale (6,1%). Le PIB par habitant a connu pour sa part une croissance régionale de 5,6%.

2. Un hub logistique
Tanger-Tétouan-Al Hoceïma s’est dotée d’infrastructures et d’équipements logistiques de taille, dont le Port de Tanger Med, le lancement du TGV reliant Tanger à Casablanca. De plus, Tanger Med joue un rôle primordial dans l’épanouissement de l’économie régionale en tant que plateforme d’échanges internationaux. La réalisation du premier port de croisière au Maroc grâce à la reconversion de port Tanger Ville confortera la logistique maritime. Ce tableau est complété par les aéroports internationaux de Tanger et Al Hoceïma. Le premier est connecté à plusieurs hubs internationaux : Casa, Madrid, Paris et Londres.

3. Une offre en zone franche
La région est un carrefour industriel du Maroc. Le secteur secondaire contribue à 35% de la valeur ajoutée de la région, soit 7 points de plus que la moyenne nationale. Le poids de l’industrie s’explique par l’implantation du plus grand site d’assemblage automobile du pays (Renault Tanger Med) et le développement de zones franches. Parmi ses zones : la Zone franche d’exportation (ZFE), la zone industrielle de Gzenaya initiée par la CGI et la zone industrielle Al Majd à Bni Makada. Cette région compte aussi sur le développement de l’industrie lourde avec la présence de deux cimenteries sur son territoire. Enfin, ladite région s’est dotée du principal pôle de production d’énergie éolienne du Maroc.

4. Des avantages fiscaux
La région offre des avantages fiscaux et douaniers importants. En plus des avantages accordés à Tanger en vertu du dahir de 1963 pour la zone franche du port de la ville, l’installation à la ZFE Tanger Free Zone offre plusieurs avantages fiscaux. Parmi eux : l’exonération des droits d’enregistrement, l'exonération de timbre pour la constitution ou l’augmentation du capital et pour les acquisitions de terrains, l'exonération de l’impôt des patentes pendant 15 ans, l'exonération de la taxe urbaine pendant 15 ans, l'exonération de l’impôt sur les sociétés durant 5 ans, la réduction du taux à 8,75% après exonération de la taxe sur les produits des actions, des parts sociales et revenus assimilés pour les non résidents, l'exonération de la TVA sur les marchandises et rapatriement libre des bénéfices et capitaux. À ces avantages s’ajoutent les avantages accordés à des secteurs particuliers (mines, immobiliers, agriculture).

5. Un pôle culturel et universitaire
La région compte des universités avec des écoles d’ingénieurs et de commerce avec plus de 25.000 étudiants. Sur ce nombre, 3.500 lauréats sont diplômés chaque année, représentant différents profils : Ingénieurs, électromécaniciens, techniciens, diplômés en gestion, commerce et marketing, traducteur, juristes, informaticiens...ainsi que des centres de formation professionnelle dans divers secteurs accueillant plus de 25.000 stagiaires annuellement, sans oublier les établissements d’enseignement étrangers : français, espagnols et anglais. 

Adil Raïs : Président de l’Association des propriétaires de la zone industrielle de Tanger (Azit)

Comment les ZI participent-elles à l’essor industriel de la région du nord ?
À Tanger, la ZI de Mghogha a drainé de gros calibres de l’industrie comme Jacob Delafon et Aluminium du Maroc. D’autres ZI sont venues consolider la position de la région comme la TFZ, qui a donné un coup de fouet aux métiers de l’export.

En dehors de Tanger, les zones industrielles n’ont pas pris dans les autres villes ?
Les résultats n’ont pas été au rendez-vous pour plusieurs raisons. À Tétouan par exemple, l’emplacement de la ZI, à côté de l’aéroport, n’était pas une bonne idée. Ensuite, la ville n’a pas eu le coup de pouce fiscal nécessaire pour intéresser les investisseurs. À cela s’ajoute un facteur culturel : Tétouan est plutôt une ville culturelle, beaucoup plus propice à des activités de services, d’artisanat et de tourisme. Enfin, les syndicats n’ont pas rendu la vie facile aux entreprises qui s’y sont implantées. D’ailleurs, nombre de sociétés ont dû plier bagages à cause de tensions avec les salariés.

De quoi se plaignent les investisseurs ?
Généralement, il y a un problème de visibilité. Certaines mesures fiscales ne sont pas très claires et les investisseurs, une fois installés, peuvent être surpris par certaines dispositions. Il y a aussi le niveau de qualification et la cherté de la main-d’œuvre, surtout dans le middle management, qui revient souvent. Le coût de la logistique est également pointé du doigt par les investisseurs.

Avec la nouvelle configuration régionale, peut-onespérer le développement d’activités variées et complémentaires ?
Les composantes de la région ont des potentiels différents et variés. On essaie donc, au niveau de la CGEM notamment, d’y apporter de la cohérence. La province de Larache est par exemple propice au développement d’une activité agricole et agro-industrielle ; Tétouan a, quant à elle, des atouts au niveau de l’activité des services et du tourisme…Ces villes peuvent être complémentaires, il ne faut pas que tout le monde fasse la même chose. Néanmoins, en dehors de Tanger, les autres villes sont restées enclavées. Il faut les soutenir et les parrainer pour qu’elles puissent suivre la dynamique du développement.

Le tissu local a-t-il profité de l’implantation des géants de l’industrie mondiale ?
À des degrés différents. Les sociétés de services, des BTP ou encore du transport ont pu tirer profit de l’installation de multinationales à Tanger et dans les environs, mais le niveau d’intégration reste en deçà des attentes. Au niveau des zones franches, il y a beaucoup de difficultés qui entravent l’émergence d’un véritable écosystème (problèmes administratifs, douaniers et fiscaux, quotas d’export). On pourrait mieux faire si on arrivait à régler ces problèmes. 

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