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Le projet de gazoduc Maroc-Nigeria est sans doute l’un des plus grands coups de maître de la diplomatie économique marocaine de ces dernières années.

Lors de la visite royale au Nigeria, des accords historiques ont été signés entre les deux pays qui veulent assumer le rôle de l’intégration régionale de l’ouest du continent. Outre la levée de plusieurs entraves pour les investissements, le gazoduc reliant plusieurs pays et le Maroc et le renouveau agricole sont les principaux indicateurs du nouvel état d’esprit des relations bilatérales. La visite royale a été également marquée par des accords d’une dimension jamais égalée dans le cadre de la tournée royale au sein de plusieurs pays du continent. Le tête-à-tête entre le souverain et le président nigérian Muhammadu Buhari n’était pas une simple formalité puisque les deux chefs d’État ont inauguré la normalisation des relations par la cérémonie de lancement d'un projet de réalisation d’un gazoduc régional reliant le Nigeria et le Maroc. Outre la continuité dans laquelle cet accord s’est inscrit avec la COP22, s'affirme la volonté commune des deux pays de faire aboutir ce projet et de répartir équitablement ses retombées positives entre les pays de la partie occidentale du continent. Un engagement bilatéral a été aussi exprimé par le Nigeria et le Maroc qui ont décidé de prendre des mesures concrètes pour la promotion de ce projet.

Dans le détail, le pipeline sera conçu avec la participation de toutes les parties prenantes dans le but d'accélérer les projets d’électrification dans toute la région, servant ainsi de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité. Plus encore, ce chantier gigantesque vise à alimenter non seulement le marché européen de l’énergie, mais aussi à développer des pôles industriels intégrés dans la sous-région dans des secteurs tels que l’industrie, l’agro-business et les engrais. Il s'agit aussi d’attirer des capitaux étrangers, d’améliorer la compétitivité des exportations et de stimuler la transformation locale des ressources naturelles largement disponibles pour les marchés nationaux et internationaux. Les deux pays veulent ériger en exemple leur projet destiné à accélérer la transformation structurelle des économies nationales de la région. La phase opérationnelle est déjà lancée avec la création d’un Fonds d'infrastructure écologique pour l'Afrique, qui sera financé par les fonds souverains Nigeria Sovereign Investment Authority (NSIA) et Ithmar Al Mawarid. Rappelant les mesures prises lors du Sommet des chefs d'État pour l'action en Afrique, tenu en marge de la COP22 à Marrakech, le partenariat entre Ithmar Capital et NSIA est venu pour conforter l’initiative de création du Fonds d'infrastructure écologique pour l'Afrique et permettra le développement d'une véritable force africaine qui attirera d'autres fonds d'investissements souverains africains avec le soutien de la Banque mondiale. En attendant que le bailleur de Fonds mondial active les modalités de financement, les deux pays ont procédé à la création d’un organe de coordination bilatéral chargé de suivre le projet de gazoduc, qui est en étroite imbrication avec le Fonds écologique du continent en vue d’une transition réussie vers l’économie verte.

Au total, ce sont 14 accords structurants qui ont été signés durant la visite royale, et qui se sont ajoutés au cinq conventions portant sur la pêche et les énergies renouvelables entre MASEN et le ministère nigérian de l’Énergie et des services aériens. La suppression des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques a également été actée. Les autres domaines concernés par les accords bilatéraux sont les hydrocarbures, les mines, la formation et le renforcement des compétences des jeunes. Les deux pays ont également convenu d’approfondir leurs relations pour le tourisme, les banques, les finances, les assurances et la logistique. L’agriculture a été pour sa part hissée en priorité. Deux conventions ont été approuvées entre OCP-SA et Dangote Industries Limited pour le développement d’une plateforme de production d’engrais au Nigéria.


Les études de faisabilité peuvent démarrer

Un premier protocole d'accord a été signé en mai 2017 et avait porté sur les modalités de gouvernance du projet de gazoduc Nigeria-Maroc, le planning des études de faisabilité et d’ingénierie ainsi que les droits et obligations des parties à ce partenariat entériné par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC). Le protocole prévoit essentiellement la réalisation d’une étude de faisabilité sur une durée d’une année sous la supervision d'un «comité de pilotage» géré par les entreprises publiques. Neuf mois supplémentaires seront nécessaires pour l'ingénierie et la conception, à l'issue desquels le projet pourra débuter. Ce gazoduc devrait parcourir près de 5.000 kilomètres et traverser une dizaine de pays pour, à terme, être connecté au marché européen. Les prévisions des concepteurs du projet montrent que près de 300 millions d'habitants pourraient bénéficier de ce projet titanesque. Il permettra notamment d’accélérer les projets d’électrification dans toute la région de l’Afrique de l’Ouest servant ainsi de base pour la création d’un marché régional compétitif de l’électricité. Il est également pensé comme un outil d’intégration et un instrument de développement régional qui répondra au besoin croissant de l’Europe de diversifier ses sources d’énergie.